L'Olto d'Infinite Machine pèse 80 kilos, file à 58 km/h et circule légalement sur les pistes cyclables américaines sans permis ni plaque. À 3 495 dollars, le nouveau venu de la startup new-yorkaise divise cyclistes et régulateurs.

L'Olto pèse 80 kilos, son moteur développe 2 kW en pointe et la vitesse maximale débloquée atteint 58 km/h - ©Infinite Machine
L'Olto pèse 80 kilos, son moteur développe 2 kW en pointe et la vitesse maximale débloquée atteint 58 km/h - ©Infinite Machine

À 58 km/h dans une rue de Washington limitée à 40, David Pierce, rédacteur en chef de The Verge, a doublé une voiture en roulant sur l'Olto. Son engin est autorisé sans permis ni plaque et pourtant, il bénéficie du statut légal d'un vélo électrique de classe 2 aux États-Unis, un cadre juridique que Joseph et Eddie Cohen, frères et cofondateurs d'Infinite Machine, anciens développeurs logiciels, ont choisi délibérément pour construire leur produit.

L'Olto pèse 80 kilos, son moteur développe 2 kW en pointe et la vitesse maximale débloquée atteint 58 km/h. Ses pédales sont magnétiques, rétractables, conçues pour rester en position repose-pieds. Joseph Cohen conseille lui-même aux acheteurs de ne pas pédaler. Sur l'exemplaire testé par notre confrère américain Fortune, la chaîne était rouillée et recouverte d'un capot plastique, rendant tout entretien impossible. Personne ne pédale sur l'Olto. Les pédales sont là pour satisfaire la définition légale du vélo électrique, rien d'autre. Bien joué.

Un bridage logiciel sans contrainte physique

En mode piste cyclable, l'application smartphone bride l'Olto à 32 km/h. En mode dit « hors-route », il monte à 53 km/h. Rien dans la mécanique n'empêche de choisir ce second mode en pleine ville, sur n'importe quelle piste cyclable. Sur Bikerumor, média spécialisé dans le cyclisme, des lecteurs et la rédaction pensent que l'audience visée par ce produit l'utilisera en mode hors-route en pleine piste cyclable, loin de tout terrain privé.

À 20 ou 25 miles par heure, soit environ entre 32 et 40 kilomètres par heure, l'énergie cinétique générée par 80 kilos est sans commune mesure avec un vélo classique, et les blessures sont bien plus grave en cas de collisions avec un cycliste ordinaire. À New York, plusieurs associations militent pour un encadrement plus strict des vélos électriques sur les pistes partagées. Joseph Cohen s'est défendu en disant entretenir une bonne relation avec le département des transports new-yorkais et a affirmé que la vraie menace pour les usagers des pistes vient des voitures et des camions, pas les deux-roues électriques. La parole de l'un contre celle des autres.

Le statut « vélo » utilisé en argument de vente

Des vélos électriques haut de gamme atteignent couramment entre 2 000 et 4 000 dollars sur le marché américain, soit 1 600 et 3 400 euros, donc le prix de 3 495 dollars pour l'Olto ne surprend pas en lui-même. Mais Infinite Machine, financée notamment par le fonds a16z, vend avec ce tarif un accès aux pistes cyclables sans les contraintes qui pèsent sur les scooters et motos homologués. En effet, pour pouvoir circuler en deux-roues motorisés classés comme tels, il faut une immatriculation, une assurance, voire souvent un permis spécifique. L'Olto échappe à tout cela grâce à son statut de classe 2, alors que ses performances frisent celles d'un scooter urbain standard.

À New York, les quadricycles cargo électriques d'Amazon livrent déjà en circulant sur les pistes cyclables sous les mêmes textes législatifs, avec un poids de plusieurs centaines de kilos. Joseph Cohen y voit une confirmation que la piste cyclable doit accueillir tout ce qui n'est pas une voiture.

Source : The Verge (accès payant)